Dimanche 29 avril 2007

  Il a dit: "Je crois que je vais quitter ma femme pour toi" ; il l'a regardée droit dans les yeux, comme si elle étais la seule, pas la première, la seule. Tout en restant opaque.

  Elle chantait à voix basse des mélodies mélancoliques, frémissante comme la peau mordorée d'un animal.

   Il  a dit : " Je crois en toi, tu es si belle."

  Elle n'en attendait pas tant. De temps. D'air.

 

 

 Je quitte Mina. C'est une séparation douloureuse, mais nécessaire ; je dois voler de mes propres ailes, ne plus me cacher, ne plus m'éparpiller, rassembler les forces en présence pour oser entreprendre la montée, malgré mes jambes tremblotantes, et la possibilité que le rocher puisse retomber ; l'éblouissement n'est pas négligeable

  L'avenir m'appartient, peut-être, ma part tient.

  Merci à ceux et celles -que je ne manquerai pas de suivre de l'oeil- pour les mots ailés, voilés, endigués, filés, ténus, tenus, ouverts, enfermés dans des trous. J'efface tout mais n'oublie rien, je les garde présents dans ma cachette secrète. Je laisse nos Eves, toutes ces facettes d'une femme changeante et primaire, elles garderont cette grotte.

Retour de vie, retour d'envie ; "L'écriture a changé mon rapport au monde", et je veux garder mes yeux ouverts, définitivement.

 

 Merci, c'est déjà beaucoup.

   Elsa.

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" Au labyrinthe, on entre sans remords,

  Et on se perd, dans les rires et les larmes,

  Le Minotaure est là, mais sans peur,

 Au labyrinthe, on entre sans remords..."

 Arthur H.

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Vendredi 6 avril 2007

Cher ami,

 

Mes mains ne sont plus douces et lisses comme vous les connûtes...Elles demeurent intactes seulement dans votre souvenir, ce  qui n'est pas rien, et je m'accroche à cette idée plutôt qu'au petit anneau terni qui se trouve encore à mon doigt.

 

Vous êtes blessé, j'en frémis de colère, je ne peux qu'en vouloir à la terre entière que vous souffriez. Ma pensée panse votre plaie, et vous préserve de la mort. Mon souffle derrière votre cou, vous ordonne de rester là, de ne pas combattre pour rien, de savoir vous préserver pour que l'avenir ne soit pas celui des lâches.

 

je vous attends

 

Mina

 

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Mercredi 4 avril 2007

Cher Hugues,

 

 

Je désespère d'avoir de vous nouvelles... Savez vous que l'attente est parfois pire que l'action? Je ne devrai pas dire cela, mais le petit chemin caillouteux qui mène à la boîte aux lettres est devenu mon seul lien avec l'espoir, avec le fluide qui me permet de vaquer aux tâches quotidiennes.

 

 Mon chemin de croix.

 

Les femmes sont de plus en plus nombreuses à apprendre que leurs hommes se sont lassés de lutter au jour le jour, et qu'ils sont partis, morts pour eux, bien vivants dans le souvenir, pour elles.

 

Je ne devrai pas vous parler de cela, alors qu'ici tout est calme, et que vous vivez sous les bombes, ou sur leur présage, ce qui doit être encore plus abominable.

 

Vous aimiez la sonorité de ce mot, "abominable", sa réalité doit être plus charnelle, plus viscérale encore. Je pense à vous, sans transition, en rupture d'équilibre, encore.

 

Je vous envoie les fleurs du printemps. On dirait que tout est à sa place.

 

Je vous embrasse,

 

Bien à vous,

 

Mina

 

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