Samedi 14 avril 2007
Eve n’était pas la première femme. La première femme était
Lilly. Lilly était un peu délurée, il faut bien le dire, Lilly
était bonnasse, Lilly était libre, Lilly n’avait pas peur des
garçons. Aussi, elle entreprit son homme de manière assez
ostentatoire et peu orthogonale. Sauf qu’Adam, lui, était plus
rigide sur ces questions, et surtout sur ce qui sous-tendait
ces questions. Ne souhaitant pas se mesurer avec une
homologue, Adam décida de la répudier, histoire d’être 
un peu peinard à la maison, surtout quand il y avait du 
foot à la télé.
 Il recruta alors Eve, potiche de service, qui                    
s’allongea sur le dos et écarta les cuisses, dans une 
attitude de soumission que l’on ne retrouve plus guère 
que dans la forêt amazonienne ou la jungle papoue,
 et qui, c’est vrai, 
s’est un peu perdue sur nos grands boulevards 
(c’est sans doute à déplorer, mais c’est comme ça).
Par mina - Publié dans : textes et cris
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Vendredi 13 avril 2007

Eve n’était pas la première femme. Lorsqu’elle l’apprit, son teint fut celui d’une mangue bien mûre. L’histoire se termina en une bien fade salade de fruits. Il s’était bien moqué de sa pomme. Elle avait la sensation d’être prise pour une poire... C’est sûr, à dents acérées, Eve transformerait Adam en un vulgaire trognon.

 

 

...D’autres avant elle traversèrent la forêt. Elles vinrent le questionner, guetter des soupirs, des rires. Essayer d’allumer ce regard trop souvent fermé. Espérer un aveu. Et malgré l’orgueil et la fierté de la douce et fragile, il songea un instant modifier ses sens, son essence.  Si, elle fut la première à lui ouvrir les yeux, comme un aveu un peu amer de l’avoir connu trop tard. Peu importe, en fait...seuls les moments comptent. Il n’oubliera pas.

 

 

 P.S : j’aperçois les Alpes. Eve les vit bien avant nous... Je me demande quelle « femelle » a pu les voir avant elle ?

 

 

... Eve a mordillé de ses incisives cette peau à la saveur épicée, mais ce goût sale de la peau du marin fit d’elle sa première méditerranéenne de pensées.

 

 

Par mina - Publié dans : textes et cris
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Jeudi 12 avril 2007

  Eve n’était pas la première femme. Pas pour lui. Il avait ses habitudes, ses manies. Il savait comment parler, comment dire les mots sans cesse répétés et les renouveler pour l’instant, pour faire céder la jolie. Cérémonial avec le ciel pour témoin, parade sexuelle originelle. 

   Il aimait surtout le moment unique où il embrassait pour la première fois, le premier goût, la première impression au touché de la langue, la peau suggérée plutôt que montrée, les parcelles susurrées entre deux digues de tissus.

  Après, il se sentait presque obligé, par politesse. Le sexe, la mécanique de pénétration, tout ceci était plus prévisible, plus répétitif. Il n’avait plus le plaisir de la découverte, de la découvrir, d’attendre le signe de cession. 

   Eve dormait, appuyée sur ses côtes, contre lui. Il l’avait à peine touchée, juste le temps de dénouer ses liens, et elle s’était endormie, rompant l’habitude en étant assez libre pour se laisser aller au grand sommeil. 

   Adam ne savait plus que faire, ne voulait pas s’en aller, lui qui fuyait systématiquement les paradis artificiels des corps féminins.

  Et pourtant, Eve n’était pas la seule femme. Il en avait vu défiler dans son monde lissé. Pas besoin de semer, il suffisait de se pencher pour les cueillir. L’abondance.

  Cette femme ne lui avait pas demandé davantage d’efforts, elle n’avait pas dit grand-chose. Il l’avait choisie simplement pour ses couleurs. Le ridicule de leurs deux noms associés l’avait retenu, puis le visage impassible d’Eve lui avait promis des violences sans douleur. (Il ne promettait rien, préférant le silence aux mensonges.)

  Eve n’était pas la première femme couchée près de lui, mais elle était la première qu’il n’avait pas prise ; étrange sensation, comme un morceau coincé dans la gorge.

  Eve n’était pas la première femme, mais Adam sut, les yeux ouverts sur ce corps à moitié caché et impudiquement endormi, qu’il était un nouvel homme. 

   Il retira le drap, contempla le sexe, l’origine, et il plongea en entier.

________________________________________________________________

«  Bienvenu dans mon cirque, mon cabaret ridicule,

  Ce soir vous faites l’homme fort

 

   Et moi, je joue les funambules.

  - L’homme fort, sachez,

  Doit d’abord avoir l’air de faire un grand effort,

  En silence il danse tout seul avec la mort.

  - Et cependant, je continue à risquer ce qui bouge dans mon ventre,

  Vous êtes si stoïque et moi si imprudente.

  - C’est si burlesque, si pittoresque,

  L’homme fort et la jeune funambule,

  Jouant à la cachette dans un hôtel qui brûle. »

                                Lhasa et Arthur H. , « On rit encore »

Par mina - Publié dans : textes et cris
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Mercredi 11 avril 2007

Jésus non plus, ne comprenait pas lui-même cette phrase. Il avait comme tous les hommes, un serpent planté en dessous de son cœur. Il envenima une femme un jour. C’est ce que la légende raconte 

  Adam avait assisté à la scène.

  Le ciel, du moins son fameux patron, mit tout le monde dehors. Et depuis, dans l’incohérence du temps, on n’entend plus jamais la femme de Dieu demander aux lacs, aux mers comme des miroirs :

  « Dis moi, Eve, que je suis la plus belle… »

 Depuis, le big bang a fait son trou. Et on parle volontiers de gang bang, de toutes parts…

 

 

Par mina - Publié dans : textes et cris
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