Cher Hugues,
Je désespère d'avoir de vous nouvelles... Savez vous que l'attente est parfois pire que l'action? Je ne devrai pas dire cela, mais le petit chemin caillouteux qui mène à la boîte aux lettres est devenu mon seul lien avec l'espoir, avec le fluide qui me permet de vaquer aux tâches quotidiennes.
Mon chemin de croix.
Les femmes sont de plus en plus nombreuses à apprendre que leurs hommes se sont lassés de lutter au jour le jour, et qu'ils sont partis, morts pour eux, bien vivants dans le souvenir, pour elles.
Je ne devrai pas vous parler de cela, alors qu'ici tout est calme, et que vous vivez sous les bombes, ou sur leur présage, ce qui doit être encore plus abominable.
Vous aimiez la sonorité de ce mot, "abominable", sa réalité doit être plus charnelle, plus viscérale encore. Je pense à vous, sans transition, en rupture d'équilibre, encore.
Je vous envoie les fleurs du printemps. On dirait que tout est à sa place.
Je vous embrasse,
Bien à vous,
Mina
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Chez Crisbas (lien : cris voilés), nous avons écrit un texte (la mort d'un héros), sous différents points de vue... Ce n'est pas très drôle, mais bon... Ménage de printemps.
Allez lire "Echec et Matt".
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" Elle s'est déplacé dans l'embrasure de la fenêtre. Dans le passage des bateaux. Dans le froid qui entre, le dehors qui s'engouffre. Elle tourne le dos au monde, elle me fait face. Elle va parler maintenant. Elle ne va pas pouvoir se retenir de parler. Puisque j'ai libéré quelque chose en elle. Puisque j'ai fait cédé une digue. Ca peut se répandre désormais. Ca peut venir à moi, ce flot de paroles jusque-là contenues. Ca peut envahir tout l'espace, les pièces blanches, la maison vide. Et moi, je ne vais pas l'interrompre. En souvenir de la lâcheté."
Un Moment d'abandon de P. Besson
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En face de moi, un homme me fixe, pensant probablement que mon regard pensif lui est destiné. L’ensemble de son visage luit. Il s’approche, sourit, me parle sans doute.
Je pense que, forcément, avec les gens qui transpirent autant, on est moins indulgent, que cette sécrétion a quelque chose d’obscène.
Peut-être ai-je pensé à voix haute. Il est parti en me disant que je n’étais pas aimable, que je ne m’étais pas regardée.
Il a raison. Je ne me regarde que distraitement, quand je me lave les dents, par exemple. Je crois que mon visage parait moins circulaire et moins linéaire qu’avant. Davantage d’angles, de creux, moins de rebondi, de bombé. Une partie de ma chair semble avoir été aspirée de l’intérieur. Mon visage n‘est plus que l’empreinte de lui-même.
Par mina
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